INTRODUCTION A LA DESTRUCTION.
Il n'y a rien de plus tragique dans une vie que la naissance. Car c'est de là que tout part. Toute la souffrance découle de ce moment précis. A cet instant crucial, qui est le plus douloureux mais le plus beau selon la plupart des vagins et des cols de l'utérus concernés, il est possible de constater une preuve formelle et irréfutable de la tristesse de la vie. On pleure. On pleure parce que l'on est vivant.
Ne pleure-t-on pas simplement d'être vivant ?Mon réalisme exacerbé -
certains diront plutôt pessimisme prononcé - m'a permis de saisir cette subtile nuance. Merde. Si j'avais été ignorante, j'aurai pu vivre heureuse. Cela va de soi. Le bonheur est à la portée des ignares et fuit les perspicaces.
J'ai presque dix neuf ans et rester en vie a longtemps été pour moi une activité à plein temps, un programme, un horizon. Garder un semblant d'équilibre. Ne pas tomber en miettes ni fondre en larmes. Ne pas m'enfoncer, me laisser entraîner par ceux qui sont loin désormais, à qui j'étais lié et dont le poids me leste.
Comme
Olivier Adam, je sais le poids des morts, le mauvais sort, la perte et le saccage, le goût du sang, les années perdues et celles qui coulent entre les doigts. J'ai grandi à l'ombre de ces pères menaçants et froids, dans la fragilité usée de ces mères, nous nous serrions les uns contre les autres au creux de cités gelées, de maisons identiques et horriblement silencieuses, au creux de rues rongées d'angoisse et d'ennui, au milieu d'adultes morts.
Et alors ?Guillaume Musso a écrit :
Dépêchez-vous de vivre, dépêchez-vous d'aimer. Nous croyons toujours avoir le temps, mais ce n'est pas vrai. Un jour, nous prenons conscience que nous avons franchi le point de non-retour, ce moment où l'on ne peut plus revenir en arrière. Ce moment où l'on se rend compte qu'on a laissé passer sa chance. N'allez pas croire que j'aime la vie ; c'est l'inverse. J'ai voulu m'en séparer à maintes reprises, mais au final, elle l'a toujours emporté sur moi. Alors, par impuissance devant sa force et sa grandeur, je l'ai acceptée. Et entre nous, je commence même à y prendre goût. Sachez juste que prendre goût est, ici, différent d'aimer. Disons que je m'y habitue, à la vie. Les capacités d'adaptation du corps et de l'esprit humain sont définitivement fascinantes...
Un peu comme moi.